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Lille

Transgrancanaria, mon plus beau départ pour ma pire course …

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Bracelet_TGCImaginez plutôt … Transgrancanaria, étape de l’Ultra Trail World Tour, vous avez le dossard 39. Bien que sur-fait, votre nom traîne depuis quelques jours parmi la liste des favoris et, au milieu de la nuit sur cette petite jetée du port d’Agaete, dans un accent tout à fait ibérique, le speaker vous invite à rejoindre le sas des élites !

Il y a là tout sourire Scott Jurek, qui très amicalement vous serre la main et vous souhaite bonne course, Timmothy Olson et Mike Wolfe dans les mêmes couleurs que vous, Ryan Sandes, les chauds-bouillants espagnols, tout le clan des frenchies, Julien Chorier, Antoine Guillon, Pascal Blanc, Christophe Le Saux et enfin Sebastien Chaigneau, double vainqueur 2012-2013, fêté ici en demi-Dieu.

Puis, le décompte : cinco, cuatro, très, dos, unoooooo … pour enfin partir à l’assault de la première côte bien calé derrière le petit pack des leaders avec Damien, avant que, quelques 25’ plus tard, les mollets complètement congestionnés et prêts à exploser, les pieds insensibles, vous serrez les dents en sachant que “comme d’habitude” ça finira par passer mais qu’il va falloir ralentir … Ralentir oui, mais jusqu’à devoir marcher sur le plat en bas de la descente, c’est une première.

Bien que les mollets fussent libérés et que j’eusse vu passer une à une toutes les féminines, j’ai l’aponévrose du pied droit totalement enflammée ; rien à faire, boitillant, je ne peux plus que poser ce foutu pied bien à plat sans pousser, sans compter que chaque caillou qui se glisse et roule sous la semelle est un supplice. Km 15, fin de la course, passé 46ème au CP1, c’est 180ème que j’arrive au CP2 à moins de 20km du départ.

Frustration, immense déception à en pleurer au premier sens du terme quand, 6 heures plus tard je téléphone à Cécile pour lui dire que j’abandonne après 8 heures de galère pour seulement 43 km sur les 126 prévus !

Tout avait pourtant bien commencé. Avec Frère Tuck, nous avions pris la navette et profité de l’ambiance qui régnait dans la ruelle du petit port animé au son de la batucada. Comme une vedette d’ailleurs, et bien que sans son saint habit, il avait été à son grand étonnement, plusieurs fois photographié. Et bien que la veille il avait dû opérer un changement de catégorie, ayant coché le case «transcapacitad » , nous étions tous les deux fin prêts pour cette longue traversée canarienne.

Si nous nous étions séparés en nous souhaitant de nous retrouver au phare de Maspalomas, c’est finalement bien plus tôt que nos routes se croisèrent. Renâclant l’idée de l’abandon, c’est à la double peine que je fus contraint, en arrivant juste avant le départ du 85km à Fontanales. Là, attendant la fermeture du CP, j’eus tout le temps mesurer la pulsation d’une course : le monde et l’euphorie du départ qui ajoutèrent à ma tristesse, la cohorte des coureurs plus ou moins frais arrivant au ravitaillement, jusqu’au mécontentement malheureux de ceux arrivés hors délai sur cette petite place de village quasi déserte, et dont la météo grisâtre et très humide avait fini de me frigorifier bien que roulé dans ma couverture de survie.

Entre temps, c’est donc un Frère Tuck totalement étonné de me voir là que j’avais pu encourager pour la suite. Etonné, mais pas autant que 4 heures plus tard, quand trimballé par l’organisation jusqu’à Teror, je le retrouvais là, assis sur une chaise en train de vous envoyer quelques nouvelles du front pour se redonner un coup de fouet. Dans le dur, c’est avec abnégation qu’il était reparti pour affronter la terrible montée joignant Cruz Tejeda qu’il n’aura finalement pas le temps d’atteindre, arrêté par la barrière horaire à Talayon.

Quant à moi, c’est quelque 8 heures après avoir rendu ma puce que j’étais de retour au centre des expositions, tandis que non loin de là, sous un soleil resplendissant et une chaleur proche des 25°c, Ryan Sandes en tête, le top 10 en finissait avec cette édition et que Nuria Picas était attendue comme première féminine … Bravo à eux, à Damien qui termine en moins de 20 heures, ainsi qu’à tous les finishers car cette Transgrancanaria possède tous les ingrédients d’un très bel et difficile ultra !